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 Interview du 4/7/15 parue dans le Parisien

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Phil
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MessageSujet: Interview du 4/7/15 parue dans le Parisien   Dim 5 Juil - 14:01

Interview exclusive parue hier dans le Parisien :

Ce n'est pas tous les jours qu'on a la chance de décrocher une interview avec Ritchie Blackmore. L'ancien leader de Deep Purple et Rainbow mène désormais une vie plutôt discrète, sur la côte est des Etats-Unis, et ne fait parler de lui que lors de la sortie d'un nouveau disque de Blackmore's Night, l'étonnant groupe de musique médiéviale/Renaissance qu'il a monté voici presque deux décennies. Justement, un album va bientôt paraître, mais après une tournée européenne qui passera par l'Olympia de Paris le 8 juillet prochain. Une salle que l'artiste connaît bien. La seule fois où il est venu en France avec Blackmore's Night, c'est là qu'il s'est produit, le 20 septembre 2006, et il en a profité pour enregistrer un DVD live, "Paris Moon", publié l'année suivante. Blackmore et Candice Night gardent de cette unique prestation française un souvenir assez aigu, pour des raisons expliquées plus bas. Mais Ritchie avait déjà foulé les planches olympiennes au tout début des 60s...

L'histoire de cette interview ne manque pas de péripéties. Pour la faire courte, la première tentative a complètement foiré, car je n'avais pas le bon numéro de téléphone ! Au deuxième essai, le 24 juin dernier, j'étais donc dans mes petits souliers, mais le guitariste, réputé avoir un sacré caractère, et sa femme, m'ont très gentiment accueilli au bout du fil. En fait, j'ai même largement dépassé les 20 minutes qui m'étaient imparties. J'étais pourtant passé pas loin de la ligne blanche à ne pas franchir, celle de l'évocation de Deep Purple et de Rainbow, sujets sur lesquels le Britannique ne souhaite d'habitude pas s'étendre. Mais là, il m'a filé un vrai scoop. Allez directement à la fin de ce post si vous ne tenez plus ! Pour en revenir à l'interview, elle a finalement duré trois bons quarts d'heure, avec un Ritchie me posant à son tour plein de questions, sur la France ou le PSG ! Mais ça, ce sera pour la deuxième partie de ce post, normalement en ligne demain.


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- Bonjour, c'est Michel, le journaliste français...

- Ritchie Blackmore. Bonjour, c'est Candice (rires de Candice dans le fond), et elle, c'est Ritchie.

- Vous allez jouer à Paris, le 8 juillet prochain, et ce sera seulement le 2e concert de la carrière de Blackmore's Night chez nous. Pourquoi ?

- RB. Je n'aime pas trop voyager. Je l'ai beaucoup fait quand j'étais avec Deep Purple. Une des raisons de mon départ du groupe, c'est justement qu'on voyageait tous les jours pour aller au bout du monde, et je ne le supportais plus. Je me suis promis de ne plus faire de grand voyage qu'une fois par an. Habituellement, c'est pour l'Allemagne, car j'ai beaucoup d'amis là-bas. D'habitude, on va donc juste là, rarement ailleurs. Paris est une exception.

- La France ne possède peut-être pas assez de châteaux pour vous accueillir (allusion au fait qu'en Allemagne, Blackmore's Night se produit souvent dans de vieux châteaux) ?

- RB. Non, vous en avez de fantastiques, certains des plus beaux sont chez vous. On a même enregistré dans l'un d'entre eux du temps de Rainbow.

- Le château d'Hérouville (Ndlr : dans le 95, un site du XVIIIe, où été enregistré "Long Live Rock'n'Roll", et où sont aussi passé les Bee Gees, Iggy Pop, Bad Company, Jethro Tull, Pink Floyd) ?

- RB. Oui, mais aussi un autre, j'ai oublié son emplacement (Ndlr : il veut très certainement parler du château de Pelly, à Desingy, en Haute-Savoie, où a été enregistré "Down To Earth"). C'était marrant, il y avait une pièce qui prenait l'eau, on y avait mis un de nos roadies. Chaque fois qu'il pleuvait, il était trempé, c'était rigolo !

- Vous allez donc jouer pour la deuxième fois à l'Olympia, une salle légendaire. Vous gardez des souvenirs de votre premier passage ?

- RB (qui n'a manifestement pas bien compris ma question). Mon premier passage ? Tu veux savoir où c'était ?
- Candice (qui, elle, a tout compris). Non, il veut dire avec nous deux.
- RB. Oui, je me souviens que c'était très bien. Mais Candice va te raconter ce qui lui est arrivée juste avant.
- CN. Ca faisait bien longtemps qu'on rêvait de jouer en France et à Paris. Et là, ça y était, on était tous très enthousiastes. On a fait venir une équipe d'Angleterre et d'Australie pour filmer un DVD. Mon père est venu de New York, bref tout le monde était là, et je suis tombée très malade juste avant le concert, à peine quelques heures avant ! Il a fallu faire venir un docteur, on m'a fait des piqûres juste pour me faire tenir, parce qu'on n'arrivait pas à trouver ce que j'avais. Ritchie me disait que si j'étais trop malade, on pouvait annuler, et je ne voulais pas. On est à Paris, ce n'est pas possible ! Donc moi, je garde de mauvais souvenirs d'avant le concert. Mais notre incroyable médecin français m'a donné de quoi tenir et faire refluer la douleur. Une fois sur scène, avec des super fans français, tout s'est déroulé de manière impeccable, et les mauvaises vibrations étaient derrière moi. Personne ne connaît cette histoire, ça n'apparaît pas du tout dans le DVD.
- RB. D'un côté, tu avais les spectateurs qui entraient dans la salle, alors que backstage, c'était le chaos total !

- Candice, on te souhaite de ne pas renouveler cette expérience. Est-ce que cette fois encore vous allez enregistrer le concert pour un DVD ?

- RB. Je ne pense pas. Tu sais, la première fois que j'ai joué à l'Olympia, tu n'étais même pas né ! C'était avec Jerry Lee Lewis. Tu connais Johnny Hallyday ? Un de mes guitaristes préférés jouait avec lui, Tony Harvey. Il est mort, je ne sais pas de quoi. Un des shows qui m'a le plus influencés dans ma vie, quand j'avais une quinzaine d'années, a été celui de Nero & the Gladiators. Tony y jouait, il est ensuite parti pour les Outlaws, il était incroyablement bon, alors que peu de gens se souviennent de lui (Ndlr : je pense, après vérification, que Ritchie se mélange un peu les pinceaux, et confond les destinées de Tony Harvey avec celle de Mick Jones, actuel Foreigner et toujours bien vivant, qui a effectivement joué avec Nero et Johnny).

- Je suppose que c'est le genre d'histoires qui seront incluses dans le DVD sur toute ta carrière qui est annoncée pour la prochaine rentrée ?

- RB. Exactement. Il sort quand, Candice ? A l'automne ? En hiver ? Le DVD est très bon, parce qu'il est issu d'un travail d'enquête, qu'il y a de bonnes interviews... Je crois qu'il dure 5 minutes (un gros blanc, je pense que j'ai mal entendu, mais c'est une blague). Non, il dure je ne sais pas combien de temps. Candice l'a vu, pas moi, je n'aime pas me regarder à l'écran.

- Les réalisateurs ont réussi à retrouver des documents du tout début de ta carrière ?

- RB. Oui, quelques trucs. C'est un documentaire très complet et, apparemment, quelques guitaristes émettent des commentaires favorables sur moi.

- Tu n'as jamais pensé à rédiger tes mémoires ?

- RB. Parfois, quand je raconte des anecdotes, les gens me disent que je devrais les mettre dans un livre. Beaucoup font référence à des gens très connus, et je considère que ça relève de la vie privée. De plus, je suis plutôt paresseux.

- Un nouvel album de Blackmore's Night doit bientôt sortir. Que pouvons-nous en attendre, et pourquoi tourner avant même sa sortie ?

- RB. Je trouve que c'est un bon moyen de faire la promotion d'un album. Comme nous bénéficions d'une certaine réputation, les spectateurs viennent nous voir en concert, que nous ayons un nouveau disque ou pas. C'est comme un bonus : après le concert, tu auras droit à un disque. Il s'appellera "All Our Yesterdays", et ce n'est que de la musique que nous aimons. Beaucoup de choses du passé, et d'autres nouvelles.

- Quand tu parles du passé, tu penses au tien, ou au passé en général ?

- RB. Je crois qu'il doit y avoir une ou deux chansons provenant de notre passé, et pas mal d'autres provenant du passé d'autres personnes dont nous aimons bien les chansons.
- CN. Il y a des compositions originales et de reprises d'artistes que nous apprécions.

- Vous avez apparemment des goûts très larges quand on voit qui vous avez déjà repris, d'Uriah Heep à Bob Dylan ?

- RB. Oui, c'est ça l'un des intérêts du groupe : si nous aimons la chanson de quelqu'un d'autre, nous en faisons une reprise. Quand j'étais avec Deep Purple, on ne pouvait faire aucune reprise (Ndlr : il y a en a quand même dans les premiers albums). C'était impensable, et pour des questions financières. Si tu écris toi-même un chanson, même si elle est très mauvaise, ça te rapporte davantage que si c'est celle de quelqu'un d'autre ! C'était une question très importante dans ce groupe-là.


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- Je voudrais revenir sur ce que tu as dit auparavant, que jouer des chansons inédites sur scène était un bon moyen de promotion. Il y a quelques mois, j'ai interviewé Ian Paice, que tu connais bien, et il m'a dit exactement l'inverse, avec l'argument que de nos jours, tout est enregistré par les spectateurs avec leur smartphone, et que la moindre nouveauté se retrouve immédiatement sur Youtube..
.
- RB. Ian n'a pas tort, c'est un bon argument. La chanson inédite enregistrée devient en quelque sorte un bootleg, et le nouvel album perd un peu de sa fraicheur. Cette manie de tout enregistrer est un peu désagréable...
- CN. Quand Ritchie joue un morceau sur scène, il ne le fait jamais deux fois de la même manière. Chaque soir, il improvise ses solos, modifie ses intros. Le groupe le regarde attentivement, car on ne sait jamais ce qui va se passer, si les arrangements vont être différents. Dans le cas d'une chanson encore inédite, sa version studio sera différente de celle jouée un soir, et encore différente le lendemain. C'est pour cela que beaucoup de spectateurs reviennent nous voir plusieurs fois au cours de la même tournée. Nous voyons souvent les mêmes têtes aux premiers rangs, parce que les gens savent que la setlist changera, que les chansons seront modifiées.

- Est-ce que vous pensez que cette variété est l'un des facteurs qui fait que votre public, qui doit être majoritairement composé d'amateurs de rock, est séduit par ce mélange de musique de la Renaissance et du Moyen-Age ?

- RB. Je pense que c'était le cas à nos débuts, mais de nos jours, les fans de rock ne doivent pas représenter plus de 5% de notre public. Le reste s'intéresse surtout à ce que nous avons fait au cours des vingt dernières années.
- CN. Blackmore's Night a 18 ans. Ce n'est pas comme si nous étions encore un nouveau groupe. Certains membres de notre public, les hommes surtout, suivent peut-être Ritchie depuis 1968, mais ils ont vieilli, leurs goûts sont devenus plus matures. Ils savent que quand Ritchie empoigne un instrument, que ce soit une guitare, une mandoline, en électrique comme en acoustique, il y a aura la flamboyance Blackmore, quel que soit l'instrument utilisé. Pour en revenir à ces hommes du public, ils sont généralement mariés, et leurs femmes apprécient en général les parties vocales féminines, avec ce look Renaissance et ces paroles romantiques. Quant aux enfants, ils apprécient le look Robin des Bois ou armure ! Les parents apprécient nos shows, car ils savent qu'il n'y a pas d'agressivité, de violence, de paroles déplacées. Ce n'est pas un spectacle à connotation sexuelle, comme avec Beyoncé ou Rihanna, c'est juste un moment de mélodie. Même les grands-parents aiment venir ! Et chacun repart avec un grand sourire !

- Candice, tu as souligné que Blackmore's Night a 18 ans, ça veut dire que Ritchie a passé dans ce groupe plus de temps que dans n'importe quelle autre formation. Ca vous inspire quoi ?

- CN. Les noms des autres groupes sont si énormes que nous n'essayons même pas d'entrer en compétition avec eux. Nous poursuivons juste notre voyage musical. Ritchie s'est mis à jouer ce type de musique justement pour échapper au monde du rock. Quand il a commencé sa carrière, le monde était très différent. L'emprise des grandes corporations n'était pas la même, tu n'étais pas obligé d'enregistrer des démos, tu n'avais pas à négocier avec un dirigeant du label pour décider quel son tu vas avoir. A ses débuts, dans les 60s, chaque groupe avait son identité et, en allumant la radio, tu reconnaissais immédiatement Jethro Tull, Cream, Jimi Hendrix, ou Deep Purple. Quelles personnalités, quelles chansons ! J'ai rencontré Ritchie en 1989, il a quitté Purple en 1993, et je pense qu'il n'avait plus la fraicheur de ses débuts. Des questions d'égo étaient en jeu, chacun voyageait dans sa propre limousine, ils ne se parlaient plus entre eux que sur scène. Après son départ du groupe, il a reformé Rainbow parce que c'était la seule chose qu'il savait faire, mais il n'était toujours pas heureux. Le cirque a recommencé, le label lui demandait des démos pour savoir s'il était sur la bonne voie...Quand lui et moi avons commencé à faire de la musique, c'était juste pour s'échapper du monde du rock, de ce qu'il était devenu, un moyen de retrouver de la fraîcheur, de jouer de la musique acoustique au coin du feu, de la manière la plus pure possible. Je pense qu'aujourd'hui, Ritchie est heureux de ne plus faire partie d'un genre spécifique de musique, il sait qu'il peut faire ce qu'il veut. Quand tu as testé cette liberté, c'est difficile de revenir en arrière.

- Ritchie, je t'entends marmonner en arrière-plan. Tu es d'accord avec tout ce que vient de dire Candice ?

- RB. Oui, complètement. J'apprécie le fait très simple de m'asseoir et de jouer une chanson. Je pense que Brian May, de Queen, connaît le même processus. Il a joué des shows devant des foules énormes, et maintenant il se produit avec juste une chanteuse. Ca devient fatiguant de jouer dans des endroits qui se ressemblent, de voyager tout le temps,pas pour le plaisir de voyager, mais juste pour faire de l'argent. Ca devient une machine monstrueuse, et je crois que c'est ce que Deep Purple était devenu.

- (J'arrive au bout des 20 minutes qui m'ont été accordées, donc je me lance avec une question qui peut le fâcher) Je suis obligé de te poser la question sur les rumeurs qui courent. Un de tes anciens chanteurs, Joe Lynn Turner, ne cesse de répéter que tu vas reformer Rainbow, et donner des concerts l'an prochain. Info ou intox ?

- RB. Non, il y a du vrai, mais aussi un peu de confusion et un peu d'incertitude. Je pense rejouer du rock, juste durant quelques jours, en juin prochain, des chansons de Deep Purple et Rainbow. Mais pour le moment, je ne suis pas décidé sur les personnes avec qui je veux travailler. J'ai une bonne idée sur les candidats idéaux, mais ce ne serait pas juste de le dire maintenant. Je saurai précisément dans un mois qui je veux avoir dans ce groupe pour jouer du Deep Purple et du Rainbow. Nous ferons probablement 3 ou 4 shows en juin, c'est tout.

- J'ai entendu dire que tu étais en contact pour jouer dans un festival en France à cette époque ?

- RB. C'est vrai. Je pense que Joe (Lynn Turner) ne fera pas partie de l'aventure, et il ne le sait pas encore. Il fait son truc de son côté, je l'aime bien, et j'ai réalisé de bons albums et de bonnes chansons avec lui, comme "Street of dreams". Mais je pense faire un mélange dans le groupe, avec des gens connus et d'autres pas du tout. C'est mon état d'esprit en ce moment, et tu es la première personne à qui j'en parle.

- Merci pour le scoop !

- RB. Oui, il devrait y avoir 3 ou 4 personnes que ça va intéresser !

A ma grande surprise, l'interview va encore durer une vingtaine de minutes. La suite, donc, demain, sur ce blog...
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Phil
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MessageSujet: Re: Interview du 4/7/15 parue dans le Parisien   Dim 5 Juil - 23:05

2ème partie de l'ITW ici :

http://rocknroll.blog.leparisien.fr/archive/2015/07/05/ritchie-blackmore-interview-part-2-15994.html

D'où tiens-tu ta connaissance approfondie de la musique baroque, Renaissance, médiévale ? Tu possèdes des partitions d'origine ?

- RB. Tout a commencé en 1972, quand j'ai entendu David Munrow (Ndlr : musicien et historien de la musique britannique) dans un concert à Londres. C'est ce qui m'a fait accrocher à la musique médiévale ou Renaissance. Depuis, même quand je jouais du rock, lorsque je rentrais à l'hôtel, j'écoutais ou je jouais ce type de musique. C'est dans mon sang depuis le début des 70s. J'ai donc une énorme collection de cette musique chez moi, je n'écoute que ça. Je n'écoute pas la radio, parce que j'ai l'impression d'avoir déjà tout entendu. La musique médiévale ou de la Renaissance, c'est tellement rafraichissant, vivant, pur... J'adore ces instruments, la vielle à roue, le nyckelharpa, et surtout les instruments à vent, comme ceux dont joue Candice, dont la chalemie. Je collectionne les chalemies, j'en ai qui viennent du monde entier, et je ne sais même pas en jouer ! Mais j'adore les regarder, parce qu'elles m'évoquent une époque révolue, avec laquelle je me sens très bien. Je ne sais pas si j'aurais aimé y vivre, peut-être l'ai-je déjà fait, ou ce sont juste les gènes de mes ancêtres qui s'expriment. C'est mon monde imaginaire, mais il est très réel pour moi. Dès que j'entends de la musique médiévale ou de la Renaissance, je me sens bien, et je crois que tous les amateurs du genre ressentent la même sensation. Le rock, c'est devenu si uniforme, je me suis mis en congés de ce mouvement-là. Tout ce qu'on entend aujourd'hui, je l'ai déjà entendu avant, tout a commencé à la fin des 60s...

- La musique que tu joues aujourd'hui est la seule qui te rende heureux à 100% ?

- RB. Non, que ce soit de la musique médiévale ou du rock, je suis heureux à 100% si je la joue bien. Mais je n'écoute plus de rock. Pour moi, c'est la musique Renaissance qui est nouvelle et fraiche. Quand j'ai quitté Deep Purple, c'est parce que ce qu'on faisait m'ennuyait beaucoup. Ce n'était que riff sur riff, jouer heavy pour le plaisir de jouer heavy, et je me suis dit que ce n'était plus ce que je voulais faire. Je voulais une musique nouvelle, et je suis donc parti. Tu me crois ? Si tu crois ça, tu croiras n'importe quoi ! (rires)

- Je crois que je vois ce qui a pu t'attirer. En même temps, ce type de musique est souvent parfois chargé de mélancolie ?

- RB. Oui, beaucoup. Ce qui est assez étonnant, c'est que la France a produit beaucoup de très bonne musique au Moyen-Age et à la Renaissance.

- Tu devrais proposer de composer la musique de la série "Game of Thrones". Je ne sais pas si tu la regardes ?

- RB. Non. Mais les producteurs télé ont peur des instruments de musique anciens. Ils ne laisseraient jamais utiliser une vielle ou une mandoline, que des synthés ! Je ne sais pas si tu l'as remarqué, mais ça me déçoit beaucoup, quand tu regardes un film qui se passe au Moyen-Age, il y a rarement de la musique de l'époque. L'un des rares contre-exemples est le film "Elizabeth" (Ndlr : de 1998, avec Cate Blanchett). Il y a un passage de scène de bal avec de la vraie musique Renaissance. En voyant ça, j'étais en extase ! Pour une fois, ils avaient eu le cran de ne pas utiliser des synthés.

- Ritchie, tu as fêté ton anniversaire il y a quelques semaines...

- RB. (Il me coupe) Je viens d'avoir 5O ans ! (Ndlr : en fait, 20 de plus).

- Combien de temps penses-tu que tu pourras encore être productif, avoir envie d'enregistrer et tourner ? Jusqu'à ta mort ?

- RB. J'aimerais bien. Ce sera surtout tant que mon arthrite me le permettra. J'en ai dans les mains et, pendant que je te parlais, j'étais en train de me mettre de la crème. Je crois que Jeff Beck a le même problème.

- Je te rassure, ça n'a pas l'air de le handicaper sur scène !

- RB. Bizarrement, si tu bois un peu, quelques whiskies, le sang circule mieux, et tu joues mieux ! Mais je ne veux pas devenir un alcoolique, et me mettre à boire dès le matin. Donc je prends des cachets. Tu sais, nous sommes tous dans le déni, , faisant comme si tout ne se terminait pas un jour...

- D'un autre côté, j'ai quelques exemples de septuagénaires encore bien fringuants. Paul Kantner, du Jefferson Starship, a donné un excellent concert à Paris alors qu'il avait 71 ans, Randy Bachman vient de sortir un très bon album de blues-rock à 72 ans. Ce n''est pas parce que tu as cet âge-là que tu n'es plus bon à rien...

- RB. Bien sûr. Mais il faut juste gérer l'arthrite, sinon on a bien entendu davantage d'expérience. Jeff Beck a lui aussi 71 ans. Et Mick Jagger, il a quoi ? 78, 90 ans ? Lui, il court encore ses 6 miles chaque jour, c'est incroyable. Je ne peux pas courir autant, j'ai mal au dos.



- (Je m'apprête à les remercier tous les deux pour leur gentillesse quand Ritchie contre-attaque, et se met à son tour à me poser des questions).

- RB. J'ai entendu dire que Michel Platini allait devenir votre nouveau président ?

- Mmmmh, peut-être, mais ce sera après qu'il soit devenu président de la FIFA !

- RB. J'adorais son style. Il avait l'air cool sur le terrain, l'air de ne pas y toucher, puis soudain, il plaçait un geste technique incroyable. Très classe !

- C'est rare d'entendre un Anglais dire du bien d'un joueur français ?

- RB. Non, j'étais fan. Qui était l'autre joueur qui était souvent avec lui, avec de longs cheveux noirs ? Il était très bon.

- (Je sèche. Avec le recul, je pense qu'il voulait sans doute parler de Rocheteau). J'ai un peu oublié cette époque, et puis j'étais gamin.

- RB. Moi aussi.

- CN intervient. Nous avons une fille de 5 ans et un garçon de 3. Ils vont venir avec nous en tournée. Ils sont tout excités. Elle ne veut faire qu'une chose : visiter la cathédrale Notre-Dame, parce que son deuxième prénom est Esmeralda (Ndlr : référence à l'héroïne d" "Notre-Dame de Paris", de Victor Hugo) . Et le deuxième prénom de notre fils est D'Artagnan !

- Vous pourrez toujours venir vivre en France si vous ne vous plaisez plus aux Etats-Unis ?

- RB. Oui, mais je ne sais plus si les impôts sont élevés chez vous ?

- Ils ont augmenté depuis quelques années, mais ça va se calmer, il y a une élection présidentielle dans deux ans.

- RB. C'est incroyable de voir à quel point le niveau d'imposition a augmenté chez vous. Comment s'appelle cet acteur connu qui est parti en Russie à cause de ça ?

- Gérard Depardieu.

- RB. Je crois que j'aurais fait la même chose que lui ! Le gouvernement britannique a lui aussi beaucoup augmenté les impôts en 1975. C'est pour cela que je suis parti aux Etats-Unis. Mon niveau d'imposition était passé de 40% à 82% ! Je trouvais cela injuste.

- L'histoire se répète. Dans les 70s, ce sont les artistes britanniques qui quittaient leur pays, comme toi ou Rod Stewart. De nos jours, ce sont leurs homologues français qui partent vivre en Belgique, à Londres ou aux Etats-Unis.

- RB. Les Rolling Stones sont aussi venus chez vous dans les 70s, non ?

- Oui, en 1972, et ils ont enregistré "Exile On Main Street" sur la Côte d'Azur. Et puis Keith Richards s'est fait arrêter pour possession de drogue, et ils sont tous partis.

- RB. Keith Richards avec de la drogue ? Pas possible ! Et où en sont les violences en France ?

- (Je vous épargne ma réponse : je répondais à Blackmore que ça allait mieux et deux jours plus tard était commis l'attentat de Saint-Quentin-Fallavier. Mais du coup, Ritchie me fait un long développement sur le contrôle des armes qui, je vous le rappelle, sont en vente libre dans les plupart des Etats des USA).

- RB. Chicago interdit les armes, et c'est l'endroit où il se produit le plus de fusillades ! C'est intéressant de voir que le contrôle des armes n'empêche pas les fous et les imbéciles de s'en servir. Je ne suis pas un fanatique des armes. Mais c'est logique : si tu empêches les gens normaux de posséder une arme, seuls les gens dangereux, les escrocs et les criminels en auront. Je ne voudrais pas que le gouvernement empêche les honnêtes citoyens d'avoir une arme. Moi, je n'en ai pas, je n'en veux pas, pour éviter un accident. Dans l'affaire de la fusillade dans une église, à Charleston, je pense que si l'une des victimes avait été armée, le tueur aurait été abattu, et il y aurait eu moins de morts.


- Je vois que tu suis de près l'actualité !

- RB. De très près. Et je sais que l'information est souvent déformée. Quand je voyage à l'étranger, je vois que vous n'avez souvent accès qu'à une seule vision de l'histoire à propos de l'Amérique. Les politiciens manipulent les gens, pour qu'ils pensent dans le sens qui les arrange. En France, ce soit être pareil. Sinon, Platini serait déjà président ! Comment s'appelle déjà cet incroyable footballeur, un Suédois, qui joue chez vous ?

- Zlatan Ibrahimovic ?

- RB. Je n'arriverai jamais à m'en souvenir ! Il n'a pas été blessé, je ne le vois plus jouer ?

- Si, mais je crois que ça va mieux. Tu le verras encore la saison prochaine.

- RB. J'aime bien regarder jouer le PSG, ils ont une bonne équipe. Le Bayern de Munich aussi. Mais Zlatan est vraiment brillant.
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